Les Pays-Bas bannissent deux races de chats pour protéger le bien-être animal

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Un chat aux oreilles repliées ou totalement nu, c’est mignon sur les réseaux… mais à quel prix pour l’animal ? La décision des Pays-Bas de bannir deux races très populaires secoue le monde des amoureux des chats et pose une question dérangeante : jusqu’où peut-on aller pour avoir un animal « à la mode » ?

Pourquoi les Pays-Bas interdisent-ils le Sphynx et le Scottish Fold ?

Depuis le 1er janvier 2026, les Pays-Bas interdisent la détention, l’élevage et la vente des chats Sphynx et Scottish Fold. Ce n’est pas un simple choix politique. C’est une décision prise au nom du bien-être animal.

Ces deux races existent à cause de mutations génétiques recherchées volontairement. Au début, ces particularités physiques semblaient inoffensives. Puis, avec les années et la sélection intensive, les problèmes de santé se sont accumulés. Les autorités néerlandaises ont estimé que la souffrance de ces chats est trop grande par rapport au plaisir esthétique que ces traits procurent aux humains.

Derrière ce débat, il y a une idée simple et brutale : certaines caractéristiques que nous trouvons « craquantes » sont en réalité le résultat d’un corps qui ne fonctionne plus normalement.

Le Scottish Fold : des oreilles pliées, un corps qui souffre

Le chat Scottish Fold est connu dans le monde entier pour ses oreilles repliées vers l’avant, qui lui donnent un air de peluche. Sur les photos, il semble doux, calme, presque enfantin. Mais ce charme a un revers très sombre.

Ces oreilles pliées sont dues à un défaut de cartilage. Et ce défaut ne touche pas seulement les oreilles. Il concerne tout le squelette. Résultat : de nombreux Scottish Fold développent une arthrose précoce, parfois dès l’âge de 6 mois. Imaginez un chaton qui a déjà du mal à sauter, à courir, à jouer, simplement parce que ses articulations le font souffrir.

Concrètement, ces chats peuvent :

  • boiter ou se déplacer avec raideur
  • refuser qu’on les touche à certains endroits
  • éviter les escaliers, les sauts, les jeux
  • rester immobiles de longues périodes, non pas parce qu’ils sont calmes, mais parce qu’ils ont mal

Ce ne sont pas des accidents isolés. C’est la conséquence directe de la mutation recherchée pour obtenir ces fameuses oreilles pliées. En clair, si l’on veut garder ce trait, on garde aussi la souffrance. C’est exactement ce que dénoncent les autorités néerlandaises.

Le Sphynx : un chat nu, mais pas sans problèmes

Le Sphynx attire tout de suite l’œil. Pas de poils, peu ou pas de moustaches, une peau plissée, un regard intense. Pour certains, il est fascinant. Pour d’autres, presque dérangeant. Mais pour le chat lui-même, cette apparence vient avec plusieurs difficultés.

Sans pelage, le Sphynx :

  • se refroidit vite et a souvent besoin de chaleur supplémentaire
  • peut se brûler plus facilement au soleil
  • souffre fréquemment de problèmes de peau (irritations, infections)

Ses moustaches très réduites peuvent aussi gêner certaines capacités de repère dans l’espace, car les vibrisses servent de « radar » au chat. De plus, plusieurs lignées présentent des problèmes cardiaques et une espérance de vie parfois plus courte que celle d’un chat européen classique.

Les Pays-Bas estiment que créer volontairement un chat qui doit vivre toute sa vie avec ces fragilités va à l’encontre du respect de l’animal. La question est provocante, mais nécessaire : aime-t-on vraiment un animal, si l’on accepte qu’il souffre pour correspondre à un certain « look » ?

Et la Suisse dans tout ça ? Une autre stratégie

Contrairement aux Pays-Bas, la Suisse ne prévoit pas, pour l’instant, d’interdiction totale pour ces deux races. Les autorités choisissent plutôt une approche de régulation que de bannissement.

Concrètement, en Suisse :

  • les chats Sphynx et Scottish Fold sont exclus des expositions félines
  • les éleveurs sont soumis à des contrôles vétérinaires stricts sur les animaux reproducteurs
  • certains gènes à risque (cardiaques, rénaux, etc.) sont recherchés afin d’éviter de reproduire des individus porteurs

L’idée est de réduire les souffrances sans interdire totalement les races. Dans le cas du Sphynx, cette stratégie peut limiter quelques problèmes, même si l’on conserve le chat nu. Mais pour le Scottish Fold, la marge de manœuvre est beaucoup plus faible. Sans oreilles pliées, ce n’est plus vraiment un Scottish Fold… et avec, les risques restent très élevés.

Protéger le bien-être animal : jusqu’où aller ?

Derrière ces décisions juridiques, c’est notre rapport aux animaux de compagnie qui est remis en question. Sommes-nous prêts à renoncer à certaines races très « Instagrammables » pour éviter des douleurs chroniques à des êtres vivants sensibles ?

Il faut se rappeler que chaque trait extrême, qu’il s’agisse d’un museau très aplati, de pattes trop courtes ou d’oreilles pliées, peut cacher une longue liste de pathologies. Les vétérinaires le constatent en consultation, jour après jour. Pour eux, ces souffrances ne sont pas théoriques. Ce sont des chats qui arrivent en boitant, qui n’arrivent plus à sauter sur le canapé, qui miaulent quand on les touche.

Les Pays-Bas ont choisi une ligne claire : quand une race implique presque toujours une souffrance importante, elle n’a plus sa place sur leur territoire. La Suisse, elle, parie encore sur le contrôle et la responsabilité des éleveurs.

Vous envisagez d’adopter un chat ? Quelques repères éthiques

Si vous aimez vraiment les chats, vous avez un pouvoir énorme entre vos mains : celui de choisir. Votre choix d’adoption a un impact direct sur le type d’élevage qui se développera demain.

Avant d’adopter, vous pouvez vous poser quelques questions simples :

  • Cette race présente-t-elle des traits physiques extrêmes (sans poils, oreilles pliées, nez très aplati) ?
  • Le vétérinaire que vous consultez recommande-t-il cette race ou signale-t-il des risques importants ?
  • Est-ce que l’éleveur parle ouvertement des problèmes de santé possibles ou les minimise-t-il ?
  • Seriez-vous prêt à assumer des frais vétérinaires élevés et réguliers pour corriger des souffrances liées à la race ?

Il existe de nombreux chats, de race ou non, avec une santé plus robuste et un caractère tout aussi attachant. Un chat européen adopté en refuge, par exemple, a souvent une bonne diversité génétique, donc moins de risques de maladies liées à la sélection intensive.

Vers un nouveau regard sur nos animaux de compagnie

La décision des Pays-Bas met un coup d’arrêt symbolique à une tendance dangereuse : celle de considérer les animaux comme des objets de design, que l’on façonne à l’infini pour correspondre à une image idéale. Elle ouvre aussi un débat international. D’autres pays suivront-ils ? Les mentalités des propriétaires vont-elles changer ?

Au fond, le bien-être animal ne se joue pas seulement dans les textes de loi. Il se joue dans chaque foyer, dans chaque adoption, dans chaque clic sur une photo de chat. La vraie question est là : préfère-t-on un animal qui « fait craquer » sur les réseaux, ou un compagnon qui peut courir, sauter, vivre sans douleur, même s’il est un peu moins spectaculaire ?

Si l’on choisit la seconde option, alors, oui, peut-être que la décision néerlandaise n’est pas seulement radicale. Elle est aussi un appel, adressé à chacun de nous, à aimer les animaux pour ce qu’ils sont, et non pour ce que leur corps peut supporter pour nous plaire.

Auteur/autrice

  • Passionné par le monde animal depuis toujours, j'ai 49 ans et je travaille au quotidien auprès des animaux pour leur bien-être et leur observation. Mon métier d'animalier m'amène à prendre soin d'eux, à comprendre leurs besoins et à sensibiliser le public à la protection de la faune.

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